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Le sentiment de honte dans la séparation

par Elodie Cingal


Bien que se séparer se banalise, les sentiments de honte et de culpabilité s’imposent à soi et persistent pendant un bon moment.
Ces sentiments ne sont pas innés. Ils s’acquièrent avec l’apprentissage des règles sociales et des normes culturelles.
Dans les séparations, tous, tant celui qui prend la décision que celui qui la subit, se retrouvent à faire face à ces sentiment très forts et très envahissants.

Qu’est ce que la honte ?
La honte atteint l’estime de soi. C’est comme une blessure infligée à la confiance en soi et en les autres. Un sentiment omniprésent de honte se traduit par l’idée continue que l’on est fondamentalement mauvais, rempli de défauts, indigne, pas vraiment valable en tant qu’être humain. En résumé, on ne mérite pas ou plus d’être aimé par nos pairs.

Pourquoi lorsque l’on se sépare, on ressent inévitablement de la honte ?
1. La société évolue, certes, et banalise les séparations / divorces
. La société raccourcit les temps du divorce car cela devient banal. Or, la société va plus vite que les valeurs inscrites par notre éducation. La génération des divorcés d’aujourd’hui ont majoritairement été élevés dans un milieu qui valorisait l’institution du mariage et de la parentalité.

Divorcer ou se séparer, c’est en quelque sorte désavouer ses racines, être déloyal par rapport à ses parents. C’est leur dire combien on a échoué à faire fonctionner ce couple, à offrir à ses enfants un foyer stable.
On se sent presque indigne de continuer à être aimé, estimé par sa famille.

Se posent aussi les questions de compétences, de gestion des relations, de sentiment d’échec, d’impuissance à changer la situation….. Tout cela entraîne inévitablement le sentiment de ne pas être valable, capable en tant que personne.

2. Lorsque l’on se marie, que l’on se met en couple, on pense former ce couple idéal, celui qui ressemble à toutes nos attentes.
Dans le choix de l’amoureux, c’est majoritairement notre inconscient qui nous pousse à le choisir. Cet inconscient s’est nourrit du passé.

Ce passé lui-même est constitué :
- de carences (absence d'attention, d'affection, de tendresse - soit tout ce qui aide à structurer le narcissisme, cet amour que l’on porte à son image, composée de l’estime de soi, de la confiance en soi et envers autrui),
- d’images conjugales (celles de nos parents, grands-parents, de films, de livres...)
- de valeurs sociales, ….

Au moment de la séparation, il y a forcément une désillusion qui fait très mal. On entend souvent « mais comment j’ai pu me tromper autant sur lui/elle ? ».
Cette phrase anodine en apparence montre combien on perd sa confiance en soi, sa capacité à analyser, à prévoir et à comprendre.

Ce sentiment d’être incompétent est également la source du sentiment de honte.
Or, il est plus que naturel que l’on se soit trompé sur l’autre. Tout d’abord, l’adage « l’amour rend aveugle » est plus que juste. L’amour est aveuglé par tout cet inconscient qui me pousse à vouloir trouver un individu qui corresponde aux exigences de mon passé.

Ensuite, Parce qu’au fur et à mesure de la relation, les deux individus fusionnent une partie de leur personnalité pour pouvoir cohabiter et s’entendre. Au moment de la séparation, ces deux personnalités se ré-individualisent. Il est donc normal de ne plus reconnaitre l’autre. Et enfin, ne plus répondre aux attentes de l’ex est un moyen de faire son deuil. Volontairement, je ne réponds plus à lui/elle car en m’émancipant, j’avance.

3. La séparation, c’est avant tout une intimité qui est mise sur la place publique. Par définition, avoir honte, c’est se sentir vu dans une position douloureuse et diminuée.
Qui je suis dans ma fragilité est exposé au monde entier. Je dois l’annoncer comme on annonce une mauvaise nouvelle, une maladie.

Cette annonce est une expérience incapacitante – incapacitante car on est incapable, impuissant à atténuer les choses ou à camoufler ses sentiments douloureux.

On croit avoir échoué en tant qu’humain. Là est l’impuissance liée à la honte : c’est tout mon être qui est incapable de cacher, réduire au publique ce que je suis dans ce moment d’extrême détresse. C’est alors une expérience avilissante, dégradante ou humiliante, infligée par l’idée qu’une autre personne pourrait nous juger défavorablement. On voudrait garder le secret un temps. Mais cela est malheureusement impossible.

Qu’entraine la honte dans ce contexte de séparation ou de divorce ?
Pour pouvoir avancer malgré la honte, les individus mettent en place des défenses, des stratégies comportementales qui permettent d’atténuer ce sentiment si pesant.

• On peut par exemple éviter de se confronter à ce qui est la source de cette honte: l’ex (d’où les refus de croiser l’ex), ses propres parents quand ceux-ci désapprouvent ouvertement et fortement, l’administration qui force à déclarer des nouveaux statuts (célibataire, divorcé, séparé, déclaration d’impôts…), les soirées entre amis (on se sent seul, célibataire…).

• On peut entrer en opposition comme entrer en conflit avec l’ex. C’est une façon d’extérioriser son état psychique en le projetant sur l’autre. En l’agressant, je lui donne un peu, lui qui est source de ma honte, de ce que je ne parviens pas à réguler émotionnellement.

• On peut nier son état. C’est comme dire « même pas mal ». J’ignore mon sentiment, je le mets de coté en espérant que cela passera.

• Et enfin, on peut noyer sa honte dans des substances : alcool, somnifère, anxiolytique ... On s’anesthésie.
Ce qui à long terme aura pour effet que la personne honteuse développera une estime d’elle-même de plus en plus basse et se dévalorisera de toutes les façons possibles.

Comment sortir de la honte ?
Sortir de la honte n’est pas facile mais pas impossible dans ces contextes. Il faut commencer par entendre que ce sentiment de honte dans la séparation ne repose sur aucune vérité. Une personne séparée ou divorcée n’est pas une personne mauvaise, malveillante et elle ne mérite pas le désamour de son entourage ni de la société.

La honte, avec le temps, ira en diminuant. Se forcer à rester correct avec son ex, ne pas l’agresser, ne pas plonger dans les substances, ne pas nier son état…. aident beaucoup à réduire la honte rapidement.
Car malheureusement, ces stratégies d’adaptation à la honte ont l’effet pervers de la renforcer et de l’installer.

Se forcer à retourner dans la vie, s’amuser, séduire, faire l’amour aident également à constater dans la réalité de la vie que l’on est une personne aimable et méritante.

Et enfin, parler devant un thérapeute de sa situation, revivre ce sentiment de honte peut aider à sa diminution et à sa disparition.

 

Elodie CINGAL est psychothérapeute à Paris, elle s’est spécialisée dans les problématiques liées aux séparations/divorces et à la recomposition familiale




1 seul commentaire sur cet article

  • olile 27.04.2016
    merci

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