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L'abandon du domicile conjugal est-il toujours considéré comme une faute ?

par Maître Laurence Benadiba


L'article 215 du Code Civil érige en principe que les époux s'obligent mutuellement à une communauté de vie.

 

On doit dès lors considérer que les époux ont un véritable devoir de cohabitation auquel seul le juge peut valablement mettre fin notamment dans le cadre des mesures provisoires lorsque les résidences séparées sont organisées et que le juge rend une ordonnance permettant alors aux époux de vivre séparément

 

A quelles conditions puis-je quitter le domicile conjugal ?

La disparition de la communauté, mais aussi l'atteinte à la communauté de vie, lorsqu'elle est imputable à l'un des conjoints, peut être sanctionnée sur le fondement de l'article 242 du Code civil dans le cadre d'un divorce pour faute.

 

En effet, le manquement à l'obligation de communauté de vie, constitue une faute, cause de divorce.


Sur ce fondement du divorce pour faute, ce sont souvent des manquements au devoir de cohabitation, soit l'abandon du domicile conjugal sans raison valable ou le refus de réintégrer le logement familial qui vont entraîner directement le prononcé du divorce, sans que le juge s'interroge sur la survie d'une communauté de vie affective.


Mais d'autres comportements peuvent caractériser aussi la rupture de la communauté de vie, établissant à nouveau qu'elle ne se réduit pas à la cohabitation des époux et que malgré la cohabitation, la rupture de la communauté de vie peut être consommée.

 

Cas de jurisprudence : Ainsi a-t-il été jugé que les absences systématiques de l'époux le week-end, non imposées par la nécessité, portaient atteinte à l'obligation de communauté de vie et justifiaient un divorce aux torts partagés.

 

Dès lors, il est important de savoir, que vous ne pouvez quitter le domicile conjugal qu'à la condition d'y être autorisée par le juge, sauf en cas de situation de crises telles qu'un époux violent ou dangereux pour les enfants ou pour autrui.
Dans ces circonstances, il est alors nécessaire de faire constater les violences d'abord par les urgences médicales de façon à obtenir un certificat médical décrivant lesdites lésions, puis par la police et de saisir le juge par l'intermédiaire d'un avocat aux fins de voir prononcer des mesures urgentes.

 

Est-il utile ou nécessaire si je décide de quitter le domicile conjugal ou si mon conjoint le quitte de déposer une main courante ?

La main courante est une déclaration effectuée auprès du commissariat de police et enregistrée sous un numéro qui n'a aucune valeur juridique proprement dite mais qui pourra simplement être invoquée à l'occasion d'une procédure.

 

La main courante n'autorise en rien l'époux à quitter le domicile conjugal, ce document n'octroie aucun droit. En revanche, si vous déposez une main courante pour les besoins de votre future procédure de divorce n'oubliez pas de demander le numéro sous laquelle la déclaration a été effectuée pour que votre avocat puisse ensuite la réclamer.

 

Quelle est la sanction de l'abandon du domicile conjugal ?

La sanction de l'abandon du domicile conjugal ainsi que nous l'avons évoqué, est la possibilité de voir prononcer à l'encontre de l'époux ayant quitté le domicile conjugal un divorce aux torts exclusifs.


Mais pour être fautif, l'abandon doit réunir deux conditions posées par l'article 242 du Code Civil :

 

- Une violation grave ou renouvelée des droits et devoir du mariage

- Rendre intolérable le maintien de la vie commune

 

L'appréciation de ces critères relève du pouvoir souverain des juges du fond, ainsi il a été jugé qu'il ne peut être reproché à un époux de ne pas avoir voulu vivre dans l'appartement commun dès lors que cet appartement n'avait pas été choisi d'un commun accord entre les époux et qu'il ne l'avait jamais visité.

 

Peut-on se dispenser conventionnellement entre époux du devoir de cohabitation ?

Les époux ne peuvent valablement contracter de convention qui les autoriserait respectivement à quitter le domicile conjugal.
Seule une autorisation judiciaire est recevable en la matière et les parties ne peuvent déroger même par écrit, au dispositions de l'article 215 du Code Civil.

 

Et sous l'empire de la nouvelle loi ce principe est-il toujours valable ?

A partir du 1er janvier 2005, l'abandon du domicile conjugal est toujours constitutif d'une faute et n'a pas connu d'assouplissement.

 

Que se passe t'il en cas de violences conjugales en ce qui concerne le logement familial ?

Depuis l'entrée en vigueur de la loi du 26 mai 2004 et sa date d'application le 1er janvier 2005, l'époux victime de violences conjugales peut saisir le juge aux affaires familiales avant même d'engager toute procédure de divorce, pour demander à ce que le conjoint violent soit expulsé du domicile conjugal et demander ainsi de bénéficier d'un maintien dans le domicile conjugal.


Dans ce cas précis, le juge pourra accorder l'attribution du domicile conjugal au conjoint non violent et pourra également statuer sur l'autorité parentale et la contribution aux charges du mariage.


Il conviendra dès lors que ces mesures auront été prononcées par le juge, d'introduire une procédure de divorce ou de séparation de corps dans un délai de quatre mois, faute de quoi, les mesures prises par le juges seront caduques.



34 commentaires sur cet article

  • camilevaleriele 15.09.2014
    je vis en concubinage depuis 25 ans, nous avions 3 enfants et j ai perdu mon fils il y a 4 ans 1/2. suite a son décés j ai fais une profonde dépression, je vais mieux aujourd hui depuis 6 mois . j ai repris le travail il y a 2 mois et mon conjoint m a quitté a ce moment là, sans me donner de raisons il n a pas de logement il vit chez sa sœur . il passe voir nos filles quasiment tout les jours , mais ne les envoie pas à l école alors qu il le faisait avant . il est à la recherche d un appartement et moi je me retrouve dans une sale situation, nous avons acheté la maison dans laquelle je suis tjrs , mais a décidé qu on devait la vendre . je n ai pas envie de me retrouver à la rue , je ne veux pas devoir déménager d urgence parce qu il a décidé de partir. il a aussi décidé que l on ferait une garde alténée sans me demander mon avis .
    quels sont mes droits ? peut il faire jouer avec ma dépression en sa faveur ? comme il est partit depuis 2 mois est il dans ses tords ?
  • Tirolien avocatle 11.01.2014
    il ne faut tout de même pas oublier que la loi prévoit un divorce dit sur altération définitive du lien conjugal, qui est prononcé ....lorsque les époux justifient d'une résidence séparée depuis 2 ans. ceci signifie bien que les époux peuvent résider séparément en dehors de toute autorisation judiciaire. ce qui est fautif, c'est le départ du domicile en violation des droits du conjoint, c'est à dire dans l'intention de lui nuire. vous pouvez donc parfaitement laisser une lettre (ou idéalement un rar) ou faire envoyer une lettre par votre avocat pour informer votre conjoint de votre départ du domicile. il faut qu'il ait vos coordonnées, notamment s'il y a des enfants car votre départ ne doit pas priver le conjoint du droit de voir ses enfants (sauf certains cas extrêmes)
  • vivi07le 29.12.2013
    bonjour mon mari a quitter le domicile conjugal il ya 1 ans pour aller vers une autre femme .j ai une fille de 10 ans avec lui jusqua maintenant j avais aucune nouvelle de lui et la d un coup il va voir ma fille en cachete a l ecole et lui dit qui fait les papier pour la garde mes ma fille veut bien le voir mes pas aller dormir chez lui esque c possible quel sont mes droit merci
  • lohanle 19.12.2013
    bonjour

    je suis pacsé et propriétaire à 50/50 avec mon ex-compagne et nous avons une petite d'un an. elle a décidé de me quitter et du coup nous avons mis la maison en vente. l'ambiance étant maussade dans la cohabitation (aucune violence d'aucune sorte), elle a pris la décision de prendre un appartement tout en payant le crédit de la maison, le temps que celle-ci soit vendue.
    je la sent très "fausse", je crains qu'elle ne veuille me faire assumer la maison complètement seule par un quelconque recours juridique, auxquels je ne suis pas du tout familier.
    pourriez-vous me dire ce que je risque, et ce que je dois faire pour prévenir ce type de surprise ?


    cordialement
  • La redacle 19.11.2013
    bonjour bouboux
    si vous souhaitez vous séparer rapidement, vous devez déposer une requête visant à prendre des mesures urgentes en vertu de l'article 220-1 du code civil, vous trouverez les démarches à suivre en consultant cet article: http://www.elledivorce.com/html/juridique/les-mesures-urgentes-en-cas-de-crise.php5.
    la présence d'un avocat n'est pas obligatoire, mais vous vous sentirez plus en confiance si vous en prenez un.
    les délais de convocation sont au maximum de 8 jours selon les tribunaux.
    bon courage
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