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Médiation, droit collaboratif et procédure participative > Les techniques communes utilisées dans ces processus

par Maître Murielle Cadiou


Les techniques ci-après développées sont au cœur du système comme garante de la délivrance d’une parole, obtenue dans une relation de confiance avec le souci d’approcher au cœur du conflit dans toute sa complexité et sa singularité.

Il est à noter qu’aucun établissement notablement connu ne dispense de techniques de formation concernant la procédure participative. Il est donc possible d’en déduire que tout avocat peut le pratiquer dans des conditions que l’on peut estimer proches de la négociation traditionnelle, à défaut de formation spécifique. Le champ libre laissé à une pratique dénuée de tout protocole ou de toute méthode en réduit considérablement l’intérêt par rapport aux autres techniques telles que la médiation et le droit collaboratif, dans lesquelles les avocats formés partagent la même philosophie et travaillent sous l’auspice de vertus communes : empathie, respect de l’autre, courtoisie, liberté, transparence, non violence …

L’écoute active et la reformulation
L’écoute active découle des travaux du psychologue américain Carl Rodgers qui en défini les contours initialement dans le cadre de l’entretien psychothérapeutique. Elle correspond à une ouverture intérieure, une volonté de comprendre l’autre profondément14  avec empathie et respect pour permettre de créer un lien authentique avec le client.

Parmi les techniques utilisées en écoute active, il est enseigné d’apprendre l’art du silence permettant le surgissement de la parole, le questionnement bienveillant et ouvert, la reformulation, qui permet dans un souci de concision et d’adhésion à la pensée de l’autre de recueillir son adhésion à son système de pensée.

La reformulation peut prendre différentes formes : la reformulation-reflet qui consiste à reprendre des termes identiques ou très proches des sentiments exprimés par son auteur de telle façon que celui ci se reconnaisse ; la reformulation-clarification qui consiste à rassembler les éléments épars du discours en les synthétisant ou en établissant explicitement des liens implicites qui paraissent jalonner les propos ; la reformulation déductive qui a pour but de vérifier le bien fondé d’une hypothèse résultant des propos pour s’assurer de sa conformité avec la pensée de son auteur15.

La reformulation a plusieurs intérêts pour l’interlocuteur :
- se sentir entendu dans sa parole profonde et intimement compris, c'est-à-dire dans ses sentiments et ses émotions,
- nouer une relation de confiance avec le médiateur ou avec l’avocat qu’il a choisi pour l’accompagner dans le processus,

En droit collaboratif, il est enseigné que la reformulation peut être croisée, c'est-à-dire qu’il revient à chaque avocat de reformuler l’autre partie. Cet exercice périlleux a de nombreux avantages quand il est réussi : celui de faire comprendre à chacun des protagonistes que le sujet est le problème et non la personne.

La recherche des besoins et des intérêts
Les techniques de médiation et de droit collaboratif ont toutes pour point commun de faire émerger les besoins et les intérêts des justiciables.

Au départ, lorsqu’un client vient voir son avocat, il va énoncer son problème, lui en fournir une interprétation, donner le cas échant ses raisons et ensuite, il va énoncer ses positions c'est-à-dire ses demandes. Or, ses demandes ne sont pas l’unique réponse au problème.

Le travail du médiateur ou de l’avocat saisi dans le cadre d’un processus collaboratif va consister, avant de rechercher des solutions à aider le client à évaluer la solution dans sa globalité, de manière à faire émerger ses besoins fondamentaux et ses intérêts. Par exemple, dans le cadre d’un divorce, lorsque la demande exprimée est « : Je veux conserver le domicile conjugal », l’intérêt peut être : « j’ai besoin d’un logement confortable », ou « je veux conserver aux enfants le même cadre » ou « je n’ai pas les moyens de me reloger ».

La négociation raisonnée
La négociation raisonnée est un autre outil, issu des travaux des professeurs Fisher et Ury de l’Université d’Harvard dans les années 80. Elle se définit comme un « processus de prise de décision interpersonnelle par lesquelles deux ou plusieurs personnes arrivent à un accord intégratif qui exploite toutes les opportunités de gains mutuels de façon créative ».

Ce type de négociation est fondé sur l’équité, sur des critères objectifs et sur l’interaction constructive permettant d’élaborer un accord judicieux ainsi défini « L’accord judicieux répond aux intérêts légitimes des parties : dans la mesure du possible, il résout les conflits d’intérêts équitablement. Il est durable, il tient compte des intérêts de la communauté16.

Elle s’oppose à la négociation classique de position ou de posture qui, en droit de la famille, se déroule souvent par communication à distance (lettres, télécopies, téléphone) parfois finalisée par une rencontre (à quelques jours de la date de plaidoirie pour une pression maximale) au cours de laquelle chacune des parties de manière ferme et compétitive, voire agressive fait des propositions excessives (je veux 100, donc, je demande 500). Elle implique généralement :
- une demande initiale élevée,
- une communication d’information tronquée,
- l’usage de rapports de force voire d’attaques personnelles, d’accusations,
- un usage de la manipulation pour découvrir la position de l’autre sans découvrir la sienne,
- des concessions minimes et dépourvues de sens.

Si accord, il y a, il sera issu de concessions obtenues au prix de frustrations qui n’entrainent aucune satisfaction mutuelle, pire font le lit d’un nouveau conflit, qui ne tarde pas à ressurgir.
 

 

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  Maître Muriel CADIOU est avocat au Barreau de Paris depuis 1994. Membre de la Commission Famille de l’Ordre des Avocats du Barreau de PARIS et est accréditée comme praticien de droit collaboratif en Droit de la Famille.

 

Notes: 

 14- Dominique Dollois, Formation Niveau 1 Droit Collaboratif 2012, Institut du droit de la famille et du patrimoine, page 37

15- Dominique Dollois, Formation Niveau 1 Droit Collaboratif 2012, Institut du droit de la famille et du patrimoine, pages 39 à 41

16- Lionel Bellenger, la Négociation, Que sais-je, PUF



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